De l’utilité des métiers d’encadrement de l’animal de compagnie

 

Méthodes d’éducation canine

Dans nos publications qui suivront tout au long de l’année nous reprenons certaines parties de publications de spécialistes reconnus et ajoutons nos commentaires issus des expériences et enseignements de l’ACCEFE en comportement canin, comportement félin, éducation canine, coaching dans la relation à l’animal de compagnie.

Réticences à l’utilisation de méthodes amicales en éducation canine

Traduction partielle et commentaires d’une publication de Zazie Todd – spécialiste mondialement reconnue en comportement animalier particulièrement chiens et chats. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages largement diffusés au niveau mondial. En 2018 elle publie une étude sur les méthodes éducatives pour nos animaux de compagnie et fait référence à une trentaine d’études publiées par de nombreux spécialistes.

Renforcement_positif_01

Education de l’enfant en renforcement positif

Renforcement_positif_02

Education du chien en renforcement positif

Des réticences à l’utilisation de méthodes amicales en éducation canine

Traduction partielle et commentaires d’une publication de Zazie Todd – spécialiste mondialement reconnue en comportement animalier particulièrement chiens et chats. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages largement diffusés au niveau mondial. En 2018 elle publie une étude sur les méthodes éducatives pour nos animaux de compagnie et fait référence à une trentaine d’études publiées par de nombreux spécialistes.

Préambule

Malgré de nombreuses études recommandant l’utilisation de méthodes de dressage basées sur la récompense pour les chiens de compagnie, y compris une revue récente (Ziv, 2017), de nombreux propriétaires continuent d’utiliser la punition positive et le renforcement négatif (1).

Commentaire Jean-Claude ARNAUD
 (1) : Les termes punition positive, renforcement négatif, sont issus des travaux de Skinner qui classe les méthodes d’apprentissage en quatre catégories :
Renfoncement positif : le sujet gagne du plaisir à produire un comportement.
Renforcement négatif : le sujet à accès à un avantage plaisant qui lui est retiré s’il ne produit pas le comportement.
Punition positive : le sujet reçoit un désagrément s’il ne produit pas le comportement attendu.
Punition négative : le sujet est mis en inconfort permanent, l’inconfort cesse lorsqu’il produit le comportement attendu.
Les études de Skinner ont été transposées dans le domaine de l’éducation animalière avec pour certaines des adaptations issues des théories de la dominance et de la hiérarchie interspécifique. D’autre part dans les expériences de Skinner l’animal est mis dans une situation où il n’y a aucune variable de l’environnement. Ce n’est pas le cas dans en éducation animalière ou le sujet est sous contrôle d’un maitre ou d’un dresseur ou d’un conducteur.
Index (1)

Les problèmes de comportement sont la principale cause de décès des chiens de moins de 3 ans (American Veterinary Society for Animal Behavior [AVSAB], 2008a), et la perception d’un propriétaire d’un chien comme étant un « bon chien » est corrélée à la durée de vie du chien (Dr Eschel, 2010). Ces conclusions conduisent à s’interroger et conduire des recherches sur la meilleure façon d’accroître l’utilisation de méthodes appropriées par les propriétaires et les entraîneurs de chiens.

L’utilisation continue de méthodes de dressage qui comportent des risques (tels que la peur, l’agression, la douleur) et qui peuvent affecter négativement la relation entre le chien et le propriétaire peut être l’une des causes des problèmes de comportement canin, dans ce cas ces pratiques ne représentent certainement pas la meilleure façon de les résoudre.

Force est de constater que certaines personnes (y compris certains dresseurs de chiens et célébrités) ont des attitudes négatives à l’égard des méthodes de dressage sans cruauté et continuent d’utiliser et de promouvoir des techniques aversives.

 Accroître l’adoption de méthodes de formation humaines implique non seulement d’enseigner aux gens comment les utiliser mais aussi de changer les opinions à l’égard de l’éducation canine afin qu’ils soient prêts à apprendre et à utiliser des méthodes basées sur la récompense (2).

Commentaire Jean-Claude ARNAUD
(2) : Bien noter la différence entre renforcement et récompense. La récompense n’a pour objectif que d’installer un contexte agréable entre l’animal et son conducteur. Le renforcement est le résultat agréable distribué à l’issue instantanée de la production d’un comportement attendu. L’utilisation excessive de la récompense va à l’encontre de l’apprentissage en renforcement positif. Le renforçateur devenu récompense devient un dû alors qu’il devrait êtreun gain. Un psychologue humain nous dirait alors que comme avec l’enfant, de « l’enfant roi » nous préparons « l’animal roi ». Souvent dans les traductions de l’anglais vers le français le terme récompense est un faux ami dans la traduction, ce qui en France porte à confusion.

Cette étude donne un aperçu des obstacles à l’adoption de méthodes de dressage de chiens sans cruauté, résume les défis liés à la promotion de méthodes sans violence et suggère des orientations futures pour la recherche.

Pour être plus précis l’objectif du présent exposé se donne pour but d’aborder l’éducation canine en faisant référence à l’utilisation du renforcement positif et de méthodes punitives ainsi qu’à des méthodes non aversives.

On les nomme aussi formations basées sur la récompense (2), cette approche étant adoptée par un certain nombre d’organismes professionnels (mais pas tous).

Les stratégies de gestion sans cruauté comprennent, sans toutefois s’y limiter, l’utilisation de harnais sans traction, la mise de couvercles sur les poubelles, l’utilisation de barrières pour animaux de compagnie pour séparer les chiens des enfants ou des autres animaux, et l’utilisation d’une muselière avec conditionnement préalable approprié en utilisant uniquement des techniques non punitives et non effrayantes.

La définition des méthodes basées sur la récompense sur le renforcement positif et la punition négative, et des méthodes aversives basées sur la punition positive et le renforcement négatif, est assez standard (¬par exemple, Greenebaum, 2010), et de nombreuses études sur l’éducation canine séparent les méthodes utilisées dans ce sens (Casey et al., 2014; Arhant et coll., 2010).  Cependant, il existe des variations mineures dans la façon dont les méthodes ont été classées dans la littérature. Ces différences peuvent avoir pour conséquence de générer des confusions provenant des difficultés liées à la classification du langage utilisé par les gens ordinaires pour décrire les méthodes qu’ils utilisent, en mettant l’accent sur le renforcement positif par rapport à la punition positive avec moins d’attention accordée au renforcement négatif et la punition négative, et/ou l’utilisation de techniques statistiques plutôt que théoriques à des fins analytiques. En dehors de la littérature scientifique, les livres populaires de dressage de chiens n’incluent pas toujours de définitions claires (Browne et al., 2017) et le grand public n’étudie généralement pas la théorie de l’apprentissage. Par conséquent, bien que les mots « humain » et « basé sur la récompense » soient largement utilisés pour décrire les méthodes de dressage des chiens, ils ne sont pas toujours bien définis.

La littérature sur les méthodes de dressage des chiens est relativement réduite par rapport à celle sur les stratégies parentales. La recherche montre un lien étroit entre les châtiments corporels infligés aux enfants et les risques de résultats négatifs tels que les problèmes de comportement (Durrant et Ensom, 2012), et il existe de plus en plus de littérature sur les meilleures façons d’enseigner des stratégies parentales fondées sur des données probantes. Les attitudes à l’égard des châtiments corporels chez les enfants sont connues pour prédire l’utilisation de châtiments corporels (Taylor et al., 2011), il semble donc raisonnable de supposer que les attitudes à l’égard de l’utilisation de techniques aversives dans le dressage de chiens prédisent également l’utilisation de telles techniques. Par la suite, le cas échéant, l’étude s’appuiera également sur la littérature sur les programmes d’éducation parentale fondés sur des données probantes et sur les châtiments corporels infligés aux enfants. (3)

Commentaire Jean-Claude ARNAUD
(3) : Etude du comportement des chiens des Indiens Pitaguary (J-C Arnaud 2017). A la question « y-a-t ’il une différence entre le chien et l’enfant ? ». Réponse « non, sauf que c’est plus compliqué d’éduquer un enfant qu’un chien ».

Les méthodes de dressage sans cruauté sont un aspect important du bien-être animal des chiens de compagnie. Depuis les années 1960, le bien-être animal est défini en termes de cinq libertés. Ces libertés comprennent la liberté de vivre à l’abri de la peur et de la détresse et la liberté d’exprimer des comportements normaux. (4)

Commentaire Jean-Claude ARNAUD
(4) : En France ces notions ne sont que partiellement reconnues depuis 2015, année au cours de laquelle le législateur modifie le livre II du code civil : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent les animaux sont soumis au régime des biens. ». Cette évolution ne clôt pas le débat.

Le développement plus récent du modèle « des cinq domaines » comprend également des occasions de faire l’expérience de bien-être positif (Mellor, 2016).  Ces approches du bien-être animal sont pertinentes pour les discussions sur le dressage des chiens de plusieurs façons : les techniques aversives peuvent causer de la peur et/ou du stress (Ziv, 2017). Les problèmes de comportement en eux-mêmes peuvent être dus à la peur et au stress que les méthodes aversives ne résolvent pas ; et certains problèmes de comportement peuvent être dus à l’impossibilité de produire un comportement normal. Par exemple, la peur des étrangers ou la peur de la manipulation du corps peut amener un chien à se cacher ou à être agressif, alors que l’impossibilité de mâcher aurait éventuellement permis de rediriger ces comportements en utilisant simplement des objets à mâcher.

L’entraînement utilisant le renforcement positif est lié à une augmentation des comportements de jeu (Rooney et Cowan, 2011).  On constate que les gens aiment travailler pour gagner une récompense appelée « l’effet Eureka » (Mc Gowan et al., 2014).  Cela signifie que l’entraînement par renforcement positif peut contribuer au bien-être positif en tant qu’activité d’enrichissement pour les chiens, tandis que les techniques aversives sont associées à des risques pour l’humain. (5)

Commentaire Jean-Claude ARNAUD
(5) : Ici on aborde la qualité de la relation maitre/chien. A l’ACCEFE nous pensons que cette relation se doit d’être riche et réciproque. Or, dans nos sociétés occidentales, le chien est introduit de force dans le milieu de vie de l’homme, milieu qui est, en particulier dans la vie citadine, partiellement ou totalement éloigné de ses besoins éthologiques fondamentaux. Ainsi dans cette relation il est nécessaire de guider l’animal dans ce milieu aversif, le maître doit devenir le guide, de maître il doit devenir référent. Il doit entrainer son animal à faire face à des situations souvent anodines pour l’homme mais souvent stressante pour l’animal. Si cette condition est satisfaite alors on peut le voir s’exprimer en utilisant sa perception sensorielle et venir ainsi compléter celle de son référent. Le référent devient alors un « homme augmenté », son animal un « animal augmenté » tout simplement de par l’évolution de la perception de la « dyade ».

Construction de la relation homme/animal

L’historique de la relation de l’homme à l’animal est maintenant assez bien connue. Avant le début de la domestication l’animal était une ressource alimentaire d’opportunité quelle que soit l’espèce, il nous a fallu ainsi en communauté apprendre à chasser pour survivre et alterner un régime alimentaire mixte, végétal et carné. L’élevage n’existait pas mais il était plus ou moins, quelle que soit l’espèce, ce que nous nommons aujourd’hui dans le cadre de l’élevage « animal de rente », à l’époque en suivant les troupeaux de mammifères, c’est-à-dire animal destiné à la consommation.

La relation inter espèce homme animal commence il y a environ 15 000 ans avec la domestication du chien. Elle se poursuit et se renforce il y a 6 000 ans au moment de la sédentarisation, avec le chat principalement actif pour protéger les récoltes des rongeurs s’attaquant aux récoltes et aux stockages des céréales, puis le cheval pour le transport et le travail de la terre, les bovins pour les travaux de traction, de labour, de nourrissage.

Commensalité réciproque

L’homme comprend bien l’utilité de cette coopération, il en tire bénéfice et voit sa sécurité alimentaire interdépendante avec ces espèces se développer. Réciproquement l’animal maintenant domestiqué s’adapte et trouve lui aussi un intérêt à cette convivance, hors période de disette sa recherche de ressource alimentaire se trouvant nettement simplifiée. Les espèces concernées vivent alors une forme de commensalisme bénéficiaire aux deux parties.

De cette interaction nait une relation de complémentarité, l’homme : « j’ai compris qu’il fait ou sait des choses que je ne peux pas ou ne sait pas faire », le chien : « lui sait organiser un mode de vie assurant la tranquillité et la sécurité ». Chaque partie conserve une part de mystère issue de sa perception sensorielle qui, pour l’humain, par extension ou ignorance peut revêtir une signification spirituelle.

Croyances

Ainsi se développent les croyances et religions animistes et chamaniques, l’inconnu ou l’incompréhensible appartient aux esprits ou à mère nature. Un lien de respect réciproque s’établit qui devient parfois affectif, l’animal entre dans la vie sociétale de l’homme. Parfois ce lien devient mystique, au-delà de l’intérêt collaboratif lié à la survie s’établit une relation à caractère spirituel, et lorsque le guide termine sa vie son compagnon l’accompagne encore au-delà de la mort.

En relation aux différentes espèces concernées on peut encore de nos jours rencontrer des relations affectives réciproques homme bovin, elles sont plutôt rares, alors que la relation homme équin est, elle, un peu plus présente mais freinée par les coûts importants nécessaires pour la maintenir dans un monde industrialisé et urbanisé.

Cheval_et_indien

Ces vingt siècles de cohabitation ont, avec plus ou moins de variations associées aux croyances, développé le besoin d’une relation affective à caractère inné que nous portons tous plus ou moins et qui, malgré la réduction de la ruralité, perdure chez une grande partie de nos contemporains citadins.

Évolution de la relation de l’homme à son animal de compagnie

Aujourd’hui, pour l’homme de la ville, il n’est généralement possible de satisfaire ce besoin persistant qu’avec un animal de petite taille tout du moins inférieure à la sienne, les rongeurs, les félins, les canins. Ici on différenciera la relation affective et la relation complémentaire. Aujourd’hui le « nouvel animal de compagnie » satisfait l’attente affective de nos confrères, mais cela à sens unique, il n’existe pas, peut-être à de rares exceptions près, de nouveaux animaux de compagnie utilisés pour un travail, explicitement capable de compléter l’activité humaine. Ainsi l’animal de compagnie devient animal objet jusqu’à devenir animal de consommation et substitution affective allant parfois jusqu’à la substitution de notre propre descendance par objet de substitution affective, le chien ou le chat enfant de substitution.

Pour le chat domestique la comparaison avec le chien montre des possibilités associatives différentes car il est prioritairement territorial, il n’est pas socialement coopératif. Cependant lorsqu’on lui propose une vie confinée, en appartement par exemple, il peut malgré tout développer des formes de socialité avec l’humain vivant avec lui. Dans cette situation, lorsqu’il s’adapte à cette restriction territoriale il peut s’attacher à son référent et produire une ébauche de comportement social dépendant. Il est alors complètement dépendant il est complètement, la réciproque inverse de dépendance, de l’homme à son chat, ne peut avoir dans ce cas qu’un caractère affectif, qui satisfait au moins partiellement ce besoin de contact à l’animal.

Le comportement social du chien

Sur ce sujet le chien hérite de la vie de son ancêtre le loup l’expression du besoin d’une existence communautaire, objectif implicite inscrit dans sa génétique, carrément Darwinien, la survie de la meute qui naturellement garantit la survie de l’espèce. C’est probablement le seul trait de caractère commun entre canis lupus et canis familiaris, nos chiens ne sont plus des loups. Clairement chacun doit assumer une activité bénéfique pour la communauté, à charge de la communauté de lui offrir le nécessaire pour sa survie, pour nos chiens cet héritage génétique lointain reste persistant. Le plus souvent nous n’avons pas conscience de cette exigence et par ignorance bridons ce besoin d’expression. Si le loup a des capacités d’adaptation au milieu de vie bien supérieures à d’autres espèces, le chien domestique a perdu ce potentiel, nos chiens ne sauraient survivre dans un milieu étranger. S’il est condamné à retourner vivre sans relation avec l’homme il reconstruit alors une structure sociale intraspécifique mais très lointaine de celle du loup, le plus souvent d’ailleurs il reste en périphérie de l’activité humaine.

La vie du chien dans les communautés humaines primitives

Dans ce qui reste des communautés humaines anciennes vivant avec des chiens, tribus encore isolées ou en voie d’occidentalisation, le canidé vit libre en groupe spécifique attaché à une cellule de vie humaine le plus souvent familiale de laquelle il fait intégralement partie. Dans les moments où la collaboration ne lui paraît pas nécessaire il évolue en périphérie, en pack, attentif aux actions humaines et, lorsqu’elles s’initient productives, participe en fonction de ses compétences. Si à la question « avons-nous un esprit » la réponse indigène est très largement et positivement unanime, la même question posée à propos du chien apporte la même réponse « comme nous le chien possède un esprit ». L’idée de réincarnation dans l’espèce uniquement est aussi relativement présente mais n’a pas de caractère systématique. Et Rosa, une indienne Pitaguary, de nous expliquer « les chiens sont comme des enfants de cinq ans, à la différence qu’ils sont bien plus faciles à éduquer que ces derniers ».

P1050244

Dans ces communautés la relation hétérospécifique n’est pas structurée par l’obéissance mais par la collaboration. Dans les tribus indiennes il n’y a pas de comportementaliste canin ou d’éducateur canin. Le Chaman ou le Cacique n’organisent pas de formation éducateur canin ou de formation comportementaliste canin. Chaque espèce respecte l’autre et ce que nous considérons comme l’acceptation des consignes de base est en fait l’acceptation de règles de vie communautaire. Il est naturel pour le chien de venir lorsqu’on l’appelle et pour son référent de ne solliciter l’animal que lorsqu’il en a besoin pour une tâche bien spécifique utile à la communauté, la chasse par exemple. Et pourtant les chiens collaborent sans réserve lorsque leur collaboration se montre nécessaire, on le voit encore dans notre monde avec le chien de travail capable d’aller jusqu’à l’épuisement lorsqu’une tâche lui est confiée. Bien sûr ils ne sont pas universels, ils ont chacun leurs propres capacités et compétences et connaissent intuitivement les domaines dans lesquels ils sont les plus performants.

Évolution de la relation homme / animal

Tout ceci l’homme moderne l’a gommé, l’animal se doit maintenant d’obéir même lorsque cela n’a rien de productif ou d’essentiel ou d’utile. Notre méconnaissance des besoins sociaux des chiens conduit souvent à les marginaliser en leur retirant toute initiative socialement fructueuse. C’est ici la source de ce que nous nommons les troubles du comportement, exiger l’absence de production comportementale, exiger des soumissions sans intérêt dans une présente situation ou incompatibles avec l’espèce, la race, la personnalité du sujet est contraire à leur nature. Le milieu de vie qui leur est bien souvent incompatible à l’expression de leur nature. C’est à partir de ces constatations que s’est créé le métier de comportementaliste.

L’objectif du comportementaliste ne devrait pas se restreindre à l’observation des comportements animalier, un peu comme si la médecine humaine se contentait d’observer des symptômes et s’évertuait à les faire disparaître sans s’intéresser à leur cause, mais doit s’investir à relever tout ce qui dans l’environnement peut être générateur de stress : la personnalité des référents, la structure familiale, l’aménagement spatial, la possibilité d’expression des besoins de l’animal, les structurations temporelles, l’activité, le repos, les routines, la nature même de l’animal. Une des principales erreurs dans ce métier est de se conformer à la référence en médecine humaine les DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux – Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) soit : la liste des symptômes induit la définition d’une pathologie comportementale – les actions et traitements à prescrire.

La nature de la relation homme / chien

On comprend alors que l’équilibre n’est pas uniquement réglé par l’obéissance mais par l’épanouissement réciproque. Cette philosophie est difficilement applicable dans notre mode de vie ou la cohabitation avec l’animal est de plus en plus en plus difficile. Et cependant les personnes qui ont la possibilité de s’engager dans ce sens en tirent un bénéfice réciproque significatif. A titre d’exemple, lorsque c’est réalisable, l’animal de compagnie qui accompagne son référent au travail ne produit pas de troubles du comportement, mieux il est un facteur d’apaisement du groupe professionnel et un motivateur de l’activité professionnelle du référent et de son entourage.

Education_canine_collectif

Si pour le chien de travail il est le plus souvent nécessaire d’obtenir une obéissance stricte, le chien de famille lui n’est mis que très rarement en situation d’objectif à atteindre sans délai. Bien entendu il existe des situations difficiles à interpréter pour l’animal pour lesquelles il est impératif de pouvoir anticiper préventivement car il ne peut ni ne sait interpréter toutes les situations de la vie développée par l’humain. L’éducation canine telle que nous la pratiquons en collectif est bien incapable d’apporter des réponses satisfaisantes à ce que nous venons de développer. Un catalogue de consignes à respecter quelles qu’en soient les circonstances n’a jamais permis d’affronter les variations permanentes de la vie, nous n’évoluons pas, heureusement, dans un monde répétitif et invariant réglé comme une horloge.

La réponse à cette interrogation resterait alors la capacité d’adapter les enseignements en fonction de l’animal lui-même et du milieu dans lequel il doit vivre. Certains éducateurs canins conscients du problème lié à l’enseignement collectif tentent de faire évoluer les méthodes en intégrant dans leurs prestations des exercices à caractère ludique ou stimulants. Cependant le fait même du collectif limite le temps disponible pour chaque dyade, une heure de cours par semaine proposé à une dizaine de participants laisse peu de temps à un travail créatif transposable dans la vie quotidienne.

Objectifs en éducation canine

Le premier frein est ici l’investissement à faire par le détenteur de l’animal. Un programme de cours particuliers à domicile n’a pas le même coût que la participation à des cours collectifs en club. Et pourtant l’efficacité des seconds est très relative. Il faut du temps pour obtenir des résultats significatifs dépersonnalisés et bien souvent les résultats obtenus en formation durant le cours collectif ne sont pas ou mal reproduits dans le milieu de vie.

Le second frein provient du niveau de compétences des éducateurs canins. Sans remettre en cause les méthodes qu’ils utilisent, certaines proches de la maltraitance, leurs connaissances en psychologie humaine sont souvent lacunaires.

Education_canine_individuel

Et nous arrivons ici à une double conclusion. Tout d’abord pour entretenir une relation harmonieuse avec son chien de compagnie il n’est pas nécessaire de l’obliger à apprendre un registre d’une cinquantaine de consignes à respecter à la lettre pour pouvoir vivre ensemble de manière équilibrée et épanouie. En clair l’éducation canine comme nous la pratiquons le plus souvent aujourd’hui ne serait pas adaptée à nos attentes. La réalité c’est que ce n’est pas le chien seul qui nécessite une éducation mais la dyade homme/chien. Si on veut se baser sur un standard élargi il est nécessaire de savoir choisir ce qui est important pour que le chien et son référent développent une relation riche et harmonieuse intuitivement acceptée dans leur contexte de vie.

Alors ? Éducateur canin ou comportementaliste canin ?

Dès lors on comprend que l’activité qui cherche à aider à créer une relation équilibrée avec l’animal de compagnie quel qu’il soit nécessite d’acquérir un minimum de connaissances puis de compétences en psychologie et relation humaine. Clairement les formations de comportementaliste animalier et d’éducateur animalier sont complémentaires et à notre époque ne devraient faire qu’une. A l’ACCEFE la formation comportementaliste canin et la formation éducateur canin se rejoignent en une seule formation coach canin, la formation comportementaliste félin aborde aussi le domaine restreint de l’éducation du chat.

Désolé de le dire ici, peu de formations professionnelles dans ces domaines ont le niveau requis par l’exigence du métier. La question concerne directement les enseignants. Seront-ils capables d’initier leurs apprenants à l’appréhension du fonctionnement du milieu de vie ? Ont-ils une expérience créative de l’éducation canine à passer aux apprenants pour l’enrichissement et la personnalisation de l’éducation canine ?

Cours_elearning_education_canine

Les propositions de formation exclusivement à distance ne sont que des leurres, comment pourraient-elles aider à conduire un entretien dans une famille et proposer une démarche évolutive et si nécessaire d’éducation adaptée. Comment sans aller au contact de chien peut-on prétendre avoir le minimum de compétences requises pour faire face à la diversité des situations générées par les chiens et leurs conducteurs sans en avoir rencontré physiquement ? Comment sans aller au contact des conducteurs de chien peut-on acquérir les compétences à les aider à devenir les référents de leur animal ?

Quelles conclusions ?

Reste maintenant à constater que l’ignorance et la méprise du contenu de la relation de l’homme à l’animal de compagnie, malgré les efforts associatifs et législatifs, est marquée par une sévère dégradation qualitative. L’animal lors de l’acquisition est attendu comme ayant des capacités sensorielles et un psychisme équivalent au notre, lequel dans sa réalité, dans chaque espèce est extrêmement varié en fonction des individus et des cultures. La réunion des deux espèces très différentes débouche rapidement sur un malentendu, les attentes anthropomorphiques ne pouvant être atteinte la séparation du fait de la décision de l’homme devient inévitable. Et c’est ainsi que, dans une société où nous sommes de moins en moins accaparés par le travail il y a de plus en plus d’abandons d’animaux de compagnie. Les refuges n’ont jamais eu à supporter sur des périodes aussi longues un flux de plus en plus important de de renoncements. L’intelligence artificielle se substituera-t-elle à la relation à l’animal de compagnie ? L’ami IA va-t-il remplacer l’ensemble de nos relations au vivant ?

Jean-Claude ARNAUD

ACCEFE Formations

Formation comportementaliste canin

Formation comportementaliste félin

Formation éducateur canin

Formation coach canin

Découvrez tous nos autres articles